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La confiance dans le tennis

Federico Coppini - 22-06-2018 - Lectures: 2060
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La confiance dans le tennis

Avant qu’il ne recommence à matraquer ses adversaires pendant la saison sur terre battue, j’avais appris de la présumée perte de confiance chez Rafael Nadal. Ce dernier disait se porter bien physiquement tout en étant plus énervé que d’habitude lors des moments les plus importants en partie (je le comprends, ses très peu orthodoxes coups droits demandent un niveau maximal de confiance). C’est pour cela qu’il a subi quelques défaites de trop au début de l’année.

J’ai déjà vu cette syndrome se répandre chez d’autres grands joueurs, c’est pourquoi j’ai commencé à analyser l’affaire. Il parait qu’il existe deux différents types de confiance :

 

La confiance de base

C’est une caractéristique qu’ont peu d’individus très doués, ceux qui sont déjà venus au monde avec ou qui l’ont acquise au cours des toutes premières années de l’enfance (beaucoup d’entre nous n’ayant pas l’opportunité de côtoyer ce type de confiance-là, mais il est très intéressant d’observer ceux qui l’ont). Ces “génies” ressentent en profondeur qu’il vont y arriver, qu’il réussiront à gagner.

Il s’agit d’un sentiment qui demeure même au-delà de la défaite, leur permettant de remporter la plupart des rencontres, notamment celles les plus serrées, car ils arrivent à mieux s’exprimer lors des points décisifs à l’occasion des grands tournois. En plus, cela dure pendant des années. On peut s’apercevoir des résultats chez les joueurs qui se sont manifestés très tôt dans le tennis qui compte : Jimmy Connors, Chris Evert, Tracy Austin, Boris Becker, John McEnroe, Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Roddick, Pete Sampras et ainsi de suite. Ils ont tous cette qualité, en étant été capable de s’imposer en Grand Chelem dès le premier coup.

 

La confiance acquise

Ce type-là de confiance est celle étant partagée par la plupart de nous, qui ne pouvons l’obtenir que grâce à de belles performances. Elle est donc plutôt aléatoire et dépend de nos victoires et défaites. Nous tous, on commence à construire notre confiance au fil des victoires et celle-ci commence malheureusement à nous faire défaut après quelques échecs. La confiance de base, elle, résiste aux défaites (du moins pendant un moment…) et oriente nos performances sur le long terme.

Les joueurs peuvent toujours devenir des champions, même en cas de confiance acquise, toutefois ce n’est pas un processus immédiat ; en revanche, cela demande un travail supplémentaire au sportifs qui doivent délibérément s’efforcer de maîtriser leurs émotions. Le cas d’Ivan Lendl, Stefan Edberg, Martina Navratilova et Andy Murray font figure d’exemple de confiance acquise.

 

La chute de la confiance de base

Il est intéressant de voir comment les joueurs bénéficiant d’un confiance de base tendent à en perdre lors de la phase finale de leur carrière. A un certain point, cette conviction s’envole et ils commencent à s’énerver comme n’importe qui. Dans un certain sens, c’est illogique. Beaucoup d’entre nous pourraient penser que ces grands champions, du fait d’avoir déjà remporté des tournois énormes, ne devraient plus ressentir de la pression après tant d’années dans le professionnalisme. Après tout, ils ont déjà tout montré, un tournoi remporté de plus n’étant à leurs yeux que de l’argent supplémentaire.

Cependant, cela ne marche pas du tout ainsi. A un certain stade de leur carrière, les grands champions commencent à jouer comme ceux qui ont acquis leur confiance au fil du temps. Au lieu d'être tout le temps convaincus sur leurs propres moyens, leur confiance devient de plus en plus aléatoire selon le niveau de la performance. Ils ont des séries positives ou négatives et peuvent souffrir d’une crise de nerf, à l’instar de tous ces joueurs qui n’ont pas de confiance de base. “La première chose qu’on perd en vieillissant, ce sont les yeux. La deuxième, ce sont les nerfs”, m’avait avoué une fois Pancho Segura.

J’ai envie de dire que cela se vérifie chez les champions aussi en raison d’un petit (et parfois imperceptible) fléchissement physique, dû à l'âge ou aux blessures. Cela peut commencer à la suite d’une pause très longue, et soudain les champions s’étonnent face à des coups ratés qu’ils auraient facilement placés dans le court autrefois. C’est ainsi que se développe un choc émotionnel qui peut à son tour engendré des épisodes d’incertitude et de peur chez eux.

Nous avons pu le constater chez Federer. Il a eu balle de match contre Djokovic à l’Us Open à la fois en 2010 et en 2011, et pourtant il s’est laissé emporté par la tension, en s’inclinant finalement dans les deux rencontres. Ces dernières années, il a avoué avoir raté beaucoup de balles de break. Les crises de nerf augmentent, ceci étant certainement très inquiétant aux yeux des champions qui n’ont jamais eu affaire à ce niveau-là de peur et n’ont jamais tremblé, contrairement à nous.

Cela dit, bien qu’ils puissent perdre une partie de leur confiance de base, apparemment sans effort, ces joueurs si doués sont toujours capables de remporter des titres en Grand Chelem, mais ils ont besoin d’un peu de chance. Sampras l’a fait lors de la phase finale de sa carrière, Nadal et Federer pourraient y arriver demain ; malheureusement pour eux, Djokovic étant devenu quasiment insaisissable (du moins jusqu’en 2017), uniquement une blessure chez le Serbe aurait pu augmenter les chances de ses rivaux.

 

Le caractère cyclique de la confiance

La confiance est cyclique et tend à s’auto-alimenter, puisqu’elle dépend largement des victoires. Il s’agit d’une attente qui se développe inconsciemment et du moment que la plupart de nos attentes surgissent des expériences vécues, le fait d’avoir réussi dans le passé nous pousse à songer à gagner dans l’avenir. Elle est certainement circulaire, car la confiance nous aide à gagner et le fait de gagner nous rend confiants, ceci expliquant pourquoi la confiance se révèle cyclique. Lorsqu’on gagne, on ressent une confiance majeure, on joue mieux et la série de résultats s’améliore. Toutefois, avant ou après la série positive s'arrête. Une nuit agitée, un mauvais régime alimentaire, une chute dans ses motivations ou simplement les aléas de la vie humaine peuvent aboutir à des défaites. Il y a un déclic, on commence à perdre, la confiance dégringole, le cycle des résultats basculant vers l’échec.

Le cycle tend à se représenter plusieurs fois au cours d’une vie sportive et il faut s’en rappeler lorsque les défaites augmentent et la confiance s’effondre. Cela nous donnera un espoir réaliste, car une vision sur le long terme nous montre qu’il n’y a rien de mauvais dans notre jeu et que les choses vont forcément s’améliorer.

 

L’impact de la confiance chez les professionnels

La carrière de Vince Spadea en est un exemple emblématique. Une fois son meilleur classement atteint (19e mondial en 1999), il a commencé à perdre beaucoup de rencontres et sa confiance était au plus bas. Une série de 21 éliminations d’entrée demeure toujours le record négatif sur le circuit ! Plongé à la 233ème place mondiale, Spadea a gardé un regard d’ensemble sur sa carrière. Il a continué à travailler sur son jeu, disputé quelques tournois Challenger pour retrouver sa confiance ainsi que les victoires. Au fil du temps, il a réussi à accrocher la 18e place en retouchant son record personnel.

Une série positive dans le résultats est censée alimenter la confiance (du moins sur le court terme) et a également un impact sur son rôle sur le circuit. Des joueurs étant capable de remporter quelques matches et monter rapidement dans le classement, sont facilement qualifiés de “prochain espoir ou grand champion”, pour ensuite replonger dans la médiocrité. Marcos Baghdatis s’est imposé sur la scène en 2006, lorsqu’il a décroché la finale de l’Open d’Australie sans être tête de série ; il a effrayé Roger Federer pendant un set, avant que la logique ne revienne à sa place. Petra Kvitova était censé devenir la nouvelle reine du circuit féminin en 2011, en ayant écrasé Maria Sharapova en deux sets en finale à Wimbledon. Malheureusement pour Petra, cette semaine-là est longtemps restée une exception dans sa carrière. Il faut en tirer une leçon : les séries positives s'arrêtent, tout comme celles négatives.

 

Comment les pro et les amateurs surmontent des crises de confiance

Nous tous, lorsqu’on souffre d’une (prévisible) crise de confiance, ne nous contentons pas d’attendre qu’elle revienne. Heureusement on peut accélérer le processus. On aura besoin de remplacer la confiance qui nous fait défaut par une discipline des émotions, car dans les phases de pénurie de confiance on tend rapidement à s’énerver ou se décourager. Le fait d’en être conscient, de reconnaître que le processus de la confiance est cyclique nous devrait pousser à limiter nos pulsions autodestructrices tandis qu’on cherche à retrouver nos convictions en quelques étapes :

1 - Soyez déterminés, avant de rentrer sur le court, à rester stable au niveau émotionnel quoi qu’il arrive pendant le match. N’attendez pas que le match démarre pour prendre ces décisions-là, car des émotions amplifiées vont rendre votre capacité de discernement moins fiable.

2 - Jouez un tennis de pourcentage. Cela signifie que vous devrez vous préparer pour des longs échanges, histoire d’affaiblir votre adversaire en évitant de taper fort et trop tôt la balle. Placez plus de première de service dans le carré, jouez plus de coups croisés, ne cherchez pas le point direct au service ou des accélérations gagnantes le long de la ligne à tout prix.

3 - Gardez votre stratégie d’épuisement de l’adversaire bien fixée dans votre tête. Affrontez le match par la détermination de battre votre adversaire dans le mental, en conservant votre énergie émotive et cumulant plus de force psychologie que l’autre. Ceci est préférable par rapport au fait de développer un jeu au-dessus du niveau de sécurité (frappe-faute-défaite).

4 - Affrontez des adversaires plus faibles, histoire de gagner quelques rencontres et ainsi stabiliser votre jeu sans pression.

5 - Concentrez-vous moins sur la victoire et davantage sur la position, sur le fait d'être décontractés, sur le contact visuel vis-à-vis de la balle et sur le plaisir de la compétition.

6 - Passez plus de temps à l'entraînement pour progresser dans vos fondamentaux.

En faisant ainsi, vous rendrez votre jeu plus opérationnel et vous allez vous emparer d’une chance de gagner les quelques rencontres cruciales qui vous permettront de récupérer votre niveau de confiance.

 

Case study – Comment améliorer ses coups alors que le jeu se dégrade

La confiance remplit un rôle fondamental dans la performance. Sur le court terme, elle a un impact majeur sur l’exécution et non pas sur la stratégie à l'entraînement. Par exemple, j’ai été consultant pour une jeune joueuse de 15 ans, que je vais dorénavant appeler Sandra, qui était horriblement hantée par les résultats. Elle avait intégré l’une des académies les plus réputées, s'entraînait quatre heures par jour, passait beaucoup de temps en salle de musculation et sur la piste d'athlétisme… et pourtant ses résultats dans les trois mois précédents s’étaient détériorés. “Tous ces entraînements sur le court et en salle de gym m’ont endommagé”, disait-elle, découragée. Comment était-ce possible?

Bien entendu, son problème relève d’une crise de confiance. Le jeu de Sandra n’était pas en train de se dégrader, au contraire : probablement elle jouait mieux, mais les améliorations étaient masquées par la chute de confiance qui affectait les résultats. Le niveau de base du jeu de Sandra, comme celui de nous tous, dépend de la force de l’habitude. La simple capacité de frapper des coups droits ou des revers est amplement déterminée par le nombre des mêmes coups qu’on a frappés à l'entraînement. La force de l’habitude résulte du nombre des répétitions. Du moment qu’elle en avait frappé encore plus à la fin de ces trois mois qu’au début de la période, ses penchants étaient forcément plus solides. Malheureusement, sa confiance était en revanche en baisse, ceci ayant impacté ses performance plus que les améliorations dans les coups sur le court terme. Ai-je réussi à soigner sa baisse de confiance ? Non, il n’y a que la victoire qui peut y arriver. Cependant, le fait de développer une nouvelle perspective lui a permis de réduire son stress. Elle a eu à nouveau un espoir, elle est devenue plus ferme au niveau émotionnel et par conséquent plus productive. Un mois plus tard, comme cela arrive souvent, la situation a basculé. Sandra a remporté deux rencontres, elle a commencé à se sentir mieux et construire son avenir sur ces bases-là, en clôturant la saison avec un classement nettement meilleur.

Je suis en mesure d’affirmer que la confiance impacte nos performance à 10-15%. D’autre part, voyons à quoi on peut s’attendre sur trois mois : imaginons que Sandra frappe 500 coups droits par jour, pendant six jours par semaine, sur un cycle de 13 semaines. Cela signifie qu’elle frappe 39.000 coups droit. Toutefois, Sandra joue au tennis depuis qu’elle a 8 ans. Même si l’on imagine qu’elle en frappe 300 par jour, pendant 6 jours toutes les semaines dans les 7 années précédentes, cela veut dire qu’elle en a effectués 655.200.

Ceux des trois derniers mois n’ajoutent que 6% des coups sur un nombre total de répétitions, cette amélioration s’estompant face à une réduction de 15% qui résulte d’un bas niveau de confiance (ce raisonnement implique par ailleurs que la force de l’habitude augmente de façon linéaire en fonction des répétitions, mais je crois au contraire que chaque répétition ne fait que réduire le bénéfice total). Concernant Sandra, il faut tout de même en tirer un bilan positif, notamment le fait que son tennis se soit amélioré à l'entraînement (bien qu’elle ne s’en soit pas rendue compte instantanément). Ceci l’a poussée à s'entraîner encore plus, car elle a compris que plus de répétitions renforcent naturellement les coups.

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